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"L’engagement des parties prenantes dans le processus de l’ITIE au Burkina Faso est satisfaisant"

Sidwaya du 27 août 2010

samedi 23 octobre 2010, par Service d’information

Marie Ange Kalenga, directrice régionale zone Afrique de l’Ouest francophone de l’ITIE internationale

Avant de rejoindre l’équipe de secrétariat international de l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE), basée à Oslo en Suède, Marie Ange Kalenga était depuis 2008, la coordonnatrice Afrique de la coalition Publiez ce que vous payez (PCQVP). Elle est présentement la directrice régionale zone Afrique de l’Ouest francophone de l’ITIE internationale. En mission au Burkina Faso, elle donne dans cette interview, des détails sur la création et les missions assignées à l’ITIE.

Sidwaya (S.) : Quel est le motif de votre présence au Burkina Faso ?

Marie Ange Kalenga (M.A.K.) : Je suis venue constater les progrès qui ont été effectués dans la mise en œuvre de l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE) à laquelle le Burkina Faso a adhéré en 2008. Durant mon séjour, j’ai eu à rencontrer toutes les parties prenantes à ce processus, dont l’administration qui pilote l’initiative au niveau du pays.

S. : Définissez-nous l’ITIE et dites-nous d’où vient l’idée de sa création ?

M.A.K. : L’ITIE est une initiative d’envergure mondiale qui vise à promouvoir une meilleure gouvernance dans les pays riches en ressources naturelles, en vérifiant les paiements effectués par les entreprises extractives et toutes les recettes publiques provenant de l’exploitation des ressources pétrolières, gazières et minières.
Elle a été lancée en 2002 par l’ancien Premier ministre du Royaume-Uni, Tony Blair, à l’initiative de la société civile qui se préoccupait depuis la fin des années 1990, du manque de transparence dans la gestion des revenus issus de ces ressources. Cela fait huit (8) ans que l’Initiative existe, avec un secrétariat international basé en Norvège qui suit le processus dans les différents pays candidats.

S. : Depuis le lancement de l’ITIE, combien de pays y ont adhéré et quels sont les critères requis ?

M.A.K. : A ce jour, nous comptons une trentaine de pays. Le Burkina Faso fait partie de la quinzaine des pays africains qui ont une échéance particulière pour devenir conformes, c’est-à-dire avoir une mise en œuvre avec succès de l’Initiative dans leur pays. Il faut d’abord un an pour être pays-candidat et ensuite deux ans pour avoir le statut de pays conforme.

Et les critères, c’est la publication de tous les payements significatifs effectués par les entreprises du secteur minier pour certains pays. Dans d’autres pays c’est le pétrole ou le gaz. Il est effectivement demandé aux Etats, de publier les revenus qu’ils ont perçus des entreprises.

Et les missions de l’ITIE consistent à effectuer un rapprochement entre les entreprises pour savoir exactement quelles sont les recettes générées par le secteur afin que la société civile, les citoyens, utilisent cette information pour demander des comptes au gouvernement, la manière dont sont gérées ces ressources pour le développement de leur pays, partant également dans le cadre de la réduction de la pauvreté.

S. : Vous êtes la directrice régionale zone Afrique de l’Ouest francophone de l’ITIE internationale ; quel rôle jouez-vous concrètement dans cette Initiative pour la transparence ?

M.A.K. : Nos tâches sont multiples. Il s’agit d’une part, d’appuyer le processus de l’ITIE à travers une explication des règles et des étapes requises.

D’autre part, nous encourageons et facilitons le dialogue entre les différentes parties prenantes au niveau des pays et aussi international puisque c’est une Initiative qui est soutenue par un certain nombre de pays bailleurs de fonds ainsi que les organismes multilatéraux qui apportent un appui technique et financier aux pays qui en ont besoin pour la mise en œuvre de manière effective de leur Initiative.

En un mot, nous avons un rôle d’accompagnement et de gardien, de normes de l’ITIE afin qu’elle soit bien appliquée et que les règles soient respectées dans les différents pays candidats.

S. : Le Burkina Faso est candidat depuis le 15 mai 2009 et doit acquérir le statut de pays conforme en 2011 ; pensez-vous qu’il puisse être au rendez-vous ?

M.A.K. : Il est bien vrai que le Burkina Faso a accusé un retard dans la mise en œuvre du plan d’action, mais cela est dû aux raisons techniques et opérationnelles. Dans toute activité, il y a des embûches mais nous avons espoir qu’il pourra satisfaire aux exigences de l’ITIE et parvenir à la date du 14 mai 2011.

S. : Y a-t-il déjà des activités menées qui vous convainquent ?

M.A.K. : Au niveau du Burkina, il y a une structure permanente dénommée comité de pilotage de l’ITIE qui a été créée. Elle est chargée de la mise en œuvre de ses activités. L’ITIE/BF a également élaboré un programme de partenariat avec la France et entend commencer ses activités de formation bientôt, et va concevoir un site web avec toutes les informations nécessaires concernant l’Initiative. Une campagne de communication pour pouvoir toucher le grand public et toutes les couches sociales est en cours de réalisation. Toutes ces stratégies nous rassurent beaucoup.

S. : Au cas où un pays n’arrive pas à honorer ses engagements, quelles sont les dispositions prises à son encontre ?

M.A.K. : Nous n’avons pas de sanctions. Seulement, nous demandons à ce pays de recommencer le processus, c’est-à-dire, reformuler une autre demande d’adhésion qui doit être acceptée par le Conseil d’administration international de l’ITIE. Mais notre souhait est que les pays puissent être validés dans la période qui leur a été soumise.

S. : Les pays qui regorgent de ressources énergétiques et minières sont souvent le théâtre de la corruption et de conflits. Peut-on dans ce cas, parler d’une gestion dans la transparence ?

M.A.K. : L’ITIE a un mandat limité qui est la transparence des ressources financières. Nous pensons qu’elle pourra permettre une meilleure compréhension de la manière dont sont gérées ces ressources et partant, contribuera à la lutte contre ce fléau. Il est vrai que la transparence est un moyen pour lutter contre la corruption et les conflits à travers un accès amélioré à la formation, mais ce n’est pas la solution unique, c’est une des solutions.

S. : Quels sont les avantages à être pays-membre de l’ITIE ?

M.A.K. : Pour un Etat qui vient de créer un climat d’affaires qui soit plus propice, nous montrons que le gouvernement a une volonté de transparence dans le secteur extractif. Les entreprises, c’est de leur permettre de bénéficier d’un terrain d’opération plus stable afin d’éviter les confrontations avec les communautés. Et pour la société civile, c’est d’avoir accès à des informations fiables et suivre tous les mouvements des acteurs et du gouvernement.

S. : Quel est l’état de transparence des ressources minières en Afrique ?

M.A.K. : Il y a une quinzaine de pays africains adhérant à l’ITIE et plus de la moitié a déjà des rapports d’audit et cela est déjà un pas dans la bonne direction pour avoir une vision plus précise et transparente.

S. : Quelle est la part contributive de l’ITIE dans la gestion des impacts environnementaux de l’exploitation minière ?

M.A.K. : Effectivement, les questions environnementales sont fondamentales. Mais l’ITIE n’a pas encore inclu cet aspect dans son mandat. A travers un dialogue entre les différentes parties prenantes et les Etats, nous allons les encourager à être regardants dans ce domaine. L’ITIE ne parvient pas, pour le moment, à résoudre cette équation.

S. : Comment avez-vous apprécié le contact que vous avez eu avec les acteurs intervenant dans le processus ITIE au Burkina Faso ?

M.A.K. : J’ai vraiment senti qu’il y avait toute une volonté politique du gouvernement burkinabè dans le processus. Je suis satisfaite de l’engagement de toutes les parties prenantes et de leur dynamisme et vitalité.

Interview réalisée par Afsétou SAWADOGO